La réinsertion des classes moyennes
Lorsque les classes moyennes seront ruinées dans leur état permanent de victime de la mode nous serons, nous aussi morts pour la dictature de la vente directe.
J’achète donc je suis.
La ligne directe est la plus courte certes mais rarement la meilleure, elle mène au but de devant le nez, mais jamais beaucoup plus loin et dans tous les cas ne permet pas de comprendre, rien ne sert de toujours avancer si on garde les yeux fermés, les pas trébuchent mais rien n’arrête la machine puisque ceux qui sont à terre seront écrasés après le passage de la horde sauvage des consommateurs, il ne restera que la poussière des morts oubliés, exhumés sans cérémonie, la terre laisse derrière ces pas son hostilité première d’avant genèse, rien ne repousse la horde a tout englouti. Dire que nous croyons nos générations de morfals, immortelles, il faudra pourtant qu’un jour nous arrêtions de tout dévorer.
Le fantôme passe, il regarde de son regard glauque la jeune femme aux formes offertes, elle vend son corps à un produit de consommation, les pas traînent, il faudra songer à acheter.
J’arrête le fantôme et l’interroge :
Je l’ai laissé partir, en quelques mots j’avais compris que la classe moyenne n’existe pas individuellement, comme il n’existe pas un individu représentant la moyenne. Cet individu n’est que virtuel, il n’existe que par la statistique plus ou moins affinée; il n’existe que par l’étude de marché qui va le regrouper, il n’est pas une ethnie précise, car il peut appartenir à plusieurs classes en même temps selon les critères étudiés, cependant tout est fait pour éduquer l’individu afin qu’il réagisse de la même manière que son voisin.
Ainsi est sollicitée la classe moyenne, elle est le débouchée de l’industrie et aussi sa main d’œuvre, à la fois productrice et consommatrice, elle est aussi le soutien de la société, puisqu’elle paie pour son existence; heureuse de représenter la moyenne, en deçà est le malaise au de là est le rêve. Ce rêve, merveilleuse carotte qui lui est offerte et qui sans cesse permet de faire reculer la révolte finale, qui elle même n’existe plus depuis longtemps. Le rêve qu’il devient de plus en plus difficile de nourrir de congés payés puisqu'il a fallu sans cesse accroître son champ, avec le loisir.
Ce n’est plus un loisir qui existe par lui-même, mais qui existe au travers de la consommation, qui représente la classe moyenne et réinvente ses besoins, dicte ses désirs. Les esprits ne sont pas dupe; juste le temps que l’adaptation se fasse, puis les critiques vont bon train et sont mêmes favorisées par des débats, qu’ils soient débats de bistro ou médiatisés, mais le besoin se fait pressant et ce qui semblait aberrant devient une nécessité.
Le cri de la démocratie est enfoui sous celui de la dictature commerciale.
Mais qui s’en soucie puisque l’achat est un acte libre, un acte d’affirmation, puisque la propriété est la norme du bien être.
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