Ce matin là, je me levais de fort bonne humeur. En effet la veille j'avais enfin réussi à inviter Christina à prendre un verre. Christina est une belle étudiante Danoise, fille au père chez mes voisins. Nous devions nous retrouver vers six heures dans un petit bar parisien de ma connaissance.

Tandis que je sortais, je la vis sur le pallier avec les deux enfants et demi de mes voisins dont elle était censée s'occuper, Louis et claire ; mes yeux s'arrêtèrent sur son visage, je ne pouvais plus m'en détacher. Ses yeux bleus, comme le lac d'un glacier, ses longs cheveux blonds, que j'avais eu envie de caresser dès notre première rencontre dans les escaliers, son visage un peu rond, ses joues légèrement rouges, tout m'attirait vers elle et me donnait des insomnies.

Elle me vit, nos regards se croisèrent, mais sans s'attarder sur moi, elle me lança : " A ce soir !" 

La partie n'était pas jouée. Son demi-indifférence me rendait nerveux et tandis que j'arrivais dans la rue, au lieu de prendre directement le métro, je fis un détour par le tabac afin d'acheter des cigarettes. Sur le devant de la caisse, entre les briquets jetables et les gadgets inutiles, il y avait des Stimorols.

Immédiatement je pensais à elle et souriant, j'en achetais une tablette de cinq paquets. Ils m'aideraient sans doute à réduire ma consommation de cigarettes et à ne pas trop sentir le tabac. Ça faisait un mois maintenant que je pensais à arrêter de fumer, plus j'y pensais plus je fumais. Je devais juste y penser sans vraiment le vouloir. Pas comme cette sublime danoise.

Après avoir pris un métro bondé et huileux, j'arrivais au bureau. A peine installé et déjà le téléphone sonnait. Une commande en retard, OK, je m'en occupe. Vite un café, avant de s'y mettre. Mince personne n'en a fait. Fait chier. Un clope. Non, Martine est là, elle va encore râler si je fume dans le bureau ; elle est enceinte, mon bébé ceci, mon bébé cela, il va être asmatique si vous continuez à fumer comme des pompiers autour de moi, ouvrez les fenêtres, non pas autant je vais attraper froid, et ça ne sera pas bon pour le bébé... Je prendrais un chewing-gum à la place. Pas tellement de goût ce truc, j'en prends un deuxième. Ils sont si petits qu'il faut au moins en prendre deux à la fois. Zut ! Encore le téléphone.

La moitié de la matinée passa ainsi, sans que je m'en aperçoive. Quand je relevais la tête à midi, tout le monde était déjà parti manger. Je décidais d'aller dans un petit restaurant pas loin du bureau. On y mangeait bien et pour pas cher. Je commandais un quart de vin et le plat du jour. Entrecôte frite. Parfait ! Pas de femme enceinte en vue, je pouvais fumer tranquille. Mince mes cigarettes. La seule chose que je trouvais dans mes poches ce fut un paquet de Stimorol dont il ne restait plus que deux dragées. S'il ne me restait plus que ces deux là c'était que... je fis un rapide calcul. Sachant qu'il y a douze dragées par paquet et que ce matin j'ai acheté cinq paquets, vu qu'il ne reste plus que deux dragées, j'en ai mangé (12 * 5 ) - 2 = 58

Cinquante huit chewing-gums à zéro cigarettes. Beau score. Mais j'en avais mal à la mâchoire. Et j'avais trop envie de fumer, au moins la cigarette, ça ne vous empêche pas d'embrasser à cause d'un blocage de la mâchoire ; j'en demandais une à mon voisin.

Avant de retourner au travail, je me décidais à nouveau à acheter des Stimorols. Encore cinq paquets encore au citron. Il me semblait que je venais de trouver un ersatz au tabac. Mais si je ruminais encore cinq paquets de ces fameux bonbons danois au goût citron, ce soir devant ma danoise, je ressemblerais à gros citron. Tant pis, je lui offrirai mes supers Stimorols, comme un geste de bonne entente entre nos deux pays, et ainsi nous serons deux citrons sirotant un Perrier nature, tout sera parfait.

En retournant au bureau, je ne pensais plus qu'a elle. L'après-midi contrairement à la matinée s'annonçait calme. Donc long. Je me voyais marchant blotti contre elle, me perdant dans les blés murs de ses cheveux, je sentais la chaleur de son corps contre le mien. Je rêvais, innocent, elle m'embrassait, disait qu'elle aimait cette douce odeur de citron. Elle s'éloignait de moi, revenait, m'embrassait à nouveau, s'éloignait. Elle s'approcha et me mis un grand coup de poing dans le ventre. J'ouvrais les yeux, stupéfait. Il était certain que j'étais toujours au bureau et qu'elle ne m'avait pas mis de coup de poing, mais il était aussi très clair que j'avais vraiment mal au ventre. Sans doute la piquette que j'avais bue à midi, qui ne passait pas. A moins que ça ne soit la forêt noire prise au dessert. Il était déjà quatre heures et demi. Pourvu que je ne sois pas malade pour notre rendez-vous. Rien à faire. Ça n'allait vraiment pas. J'avais des gaz, mon ventre parlait tout seul, comme un vieux dans un hospice.

Pour échapper au regard de mes collègues, j'allais me cacher dans les toilettes. Une fois assis sur le trône d'émail, il ne me fallut que quelques secondes pour m'apercevoir que j'avais la courante. Je restais assis, désemparé, qu'est ce qui avait bien pu provoquer ce désagrément.

Peut-être l'absence de cigarette, le manque de nicotine. J'étais passé de plus d'un paquet par jour à une seule cigarette. A moins que ce ne soit le stress du boulot ou de mon rendez-vous. Après un quart d'heure je ne ressentais toujours aucune amélioration. Pourtant plein de courage, je décidais de tenter une sortie. Je me levais hardiment de mon trône, rejouant la scène du roi sans couronne, remettant ordre à ma tenue, fis quelques pas. La tempête semblait calmée.

A peine arrivé dans mon bureau, mon ventre se fit entendre à grand bruit. Tout autour de moi des regards interrogateurs, voir effrayés, me regardaient. Tandis que moi, souriant comme un idiot, balbutiant quelques incompréhensions et tendu comme une bête à l'affût, j'opérais un repli vers les toilettes.

Il est six heures passées. J'entends les gens qui s'en vont, les femmes de ménage qui commencent à arriver. Voilà, mon rendez-vous est manqué. Et je suis toujours coincé dans les toilettes. Adieu belle danoise. Elle ne me croira jamais. De toute manière si je trouve une excuse ce ne sera pas celle-là. Je vois ça d'ici.

" Euh, excuse-moi, je n'ai pas pu venir à six heures par ce que j'étais bloqué dans les toilettes, par une courante d'enfer."

Une tourista sublime en plein milieu de Paris. Mais comment j'ai pu attraper ça. J'avais vraiment envie de fumer une cigarette. Mais le paquet était resté dans le tiroir de mon bureau. Je fouillais mes poches et trouvais le dernier paquet de Stimorol. C'était bien la seul chose danoise dont je connaisse le goût. J'en prenais deux et pour passer le temps lisais les inscriptions sur le paquet.

Chewing-gum sans sucre.

Lemon Lime - 12 dragées.

En une après midi j'avais réussi à engloutir quatre paquets soit quarante huit dragées.

J'allais encore en reprendre deux, quand j'ai lu sur le paquet.

Contient une source de Phénylanine. Une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs.

Je compris, mais trop tard. J'étais beau sur mon siège. Fini les chewing-gums, vive la cigarette. Au moins ça ne nuis qu'aux femmes enceintes. Et avant de la mettre enceinte, il faut l'attraper la Danoise !

 

Christofle.

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La preuve en image.

  la preuve !

 

Stimorol est une marque déposée quelque part dans des toilettes danoises.